« Retour à Silent Hill » : sortie prochaine en vidéo 

Par Claude Monnier : A priori, « Retour à Silent Hill » apparaît comme une simple reprise du film de 2006, et c’est sans doute à cause de cela que les spectateurs se sont peu déplacés dans les salles en début d’année (notons toutefois que le film a doublé sa mise à l’international : 47 millions de dollars de recettes pour un budget de 23 millions).

Mais « Retour à Silent Hill », qui ressort dans quelques jours en vidéo, mérite mieux que ce destin en demi-teintes. Loin d’être une simple reprise, il s’agit au contraire d’un film extrêmement personnel, plus encore que le premier. Christophe Gans a d’ailleurs subtilement indiqué la clé de lecture de son film lors de la promo, en disant avoir voulu donner SA vision du jeu, tel qu’il l’a découvert la première fois. Autrement dit : il a mis sur l’écran ce qu’il a ressenti et ce qu’il a pensé au plus profond de lui, en arpentant la ville maudite, à la recherche de la femme aimée. Gans étant un obsédé du cinéma, pour ne pas dire un névrosé du cinéma, il va de soi que ce voyage intérieur que constitue « Retour à Silent Hill » devient, par ses yeux, un voyage à l’intérieur du cinéma, en l’occurrence le cinéma de Bava, de Fulci, de Cocteau et de Hitchcock. Bava pour le délire onirique et le sadisme, Fulci pour la putréfaction, Cocteau pour le passage entre le monde des vivants et le monde des morts, avec la malheureuse Eurydice en point de mire, Hitchcock pour « Vertigo » évidemment, film préféré de Gans toutes époques confondues, et variation sublime sur le mythe d’Orphée.


Ce voyage dans le cinéma pourrait passer pour peu original mais Gans nous fait bien comprendre, par l’intensité ténébreuse de ses visions et les mouvements baroques de sa caméra, qu’il ne s’agit pas d’une visite de musée : c’est une exploration jusqu’au-boutiste de sa névrose, de ses peurs intimes (la peur des sectes, la peur de la maladie et de la folie, la peur de la mort), de sa difficulté à se confronter à la réalité, une exploration enfin de cet amour impossible – et pourtant réel – pour une femme qui n’existe pas, qui n’a jamais existé : Madeleine, la blonde immaculée de « Vertigo ». Comme Hitchcock, Gans construit son film sur le principe de la lente déambulation, en vue subjective, d’un homme amoureux d’un fantasme, et il est évident que ce principe, par essence poétique, n’a pas les faveurs du grand public. Les explosions d’horreur, à la « The Thing », qui entrecoupent la lente déambulation de James dans « Silent Hill » ne sont pas là pour divertir les spectateurs ou faire sensation, elles correspondent aux soudains accès de délire d’un fou, et sans doute aux électrochocs qu’il doit subir régulièrement dans sa thérapie. Si tant est qu’une thérapie soit possible lorsqu’on est amoureux d’une image…

Ainsi, il ne faut pas juger « Retour à Silent Hill » selon les critères habituels (jeu des acteurs, variété de l’intrigue, qualité du suspense…) car ce serait passer à côté du film, qui est avant tout un poème intime, romantique et morbide à la Edgar Poe, et non un récit horrifique classique. En réalité, il faut voir « Retour à Silent Hill » pour ce qu’il est : une version moderne du « Cabinet du docteur Caligari » de Robert Wiene. Et, plutôt que de dénigrer Gans pour son talent purement visuel, il faudrait au contraire le féliciter d’être le seul cinéaste français à savoir faire un film muet expressionniste en 2026 !

Claude Monnier

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