
Par Claude Monnier : Que ce soit à l’unité ou en coffret (et quel coffret !), il importe de posséder la trilogie « Histoires de fantômes chinois » pour bien comprendre la magie du cinéma de Hong Kong des années 1980-90. Le fait que les trois films racontent à peu près la même histoire (au Moyen Âge, un jeune lettré naïf est manipulé/aimé par un joli fantôme) nous fait comprendre que ce qui compte ici, ce n’est justement pas l’histoire, mais le spectacle, le mouvement, l’interaction des êtres, des couleurs et des objets. Le motif central de toute la trilogie est le tourbillon : tourbillon des feuilles mortes emportées par le vent, tourbillon des femmes fantômes enrobant leurs amants, tourbillon des combattants autour des arbres, des piliers et entre eux, tourbillon des langues et des ongles monstrueux enserrant leurs victimes, tourbillon des bulles dans les bains sensuels et des belles chevelures noires sur les visages de porcelaine… On peut voir dans ces multiples tourbillons le symbole de la lutte incessante, dans notre cœur, entre la lumière et les ténèbres. On peut même y voir cette idée, très orientale, que la présence conjointe de la lumière et des ténèbres est indispensable à l’équilibre du cosmos (ce que rejette la pensée occidentale). On peut y voir enfin l’entremêlement permanent de la vie et de la mort dans nos existences. Mais avouons que tout cela n’a guère d’importance : ce qui compte, c’est le spectacle fabuleux, ébouriffant et humoristique offert par ce tourbillon incessant, qui nous met dans la peau des spectateurs des années 1920, au temps du burlesque et de leurs cascades complètement folles. Là est la grandeur des films HK des années Tsui Hark : nous rappeler la virginité des premiers temps du cinéma, par la frénésie des projets qui s’enchaînent sans recul, par la fraicheur, l’enthousiasme casse-cou des équipes, la vitalité sans cynisme des interprètes. Du coup, le jeune homme civilisé un peu pleutre qui assiste, éberlué, aux joutes perpétuelles et délirantes entre les moines taoïstes et les fantômes « maléfiques », c’est nous. Et comme lui, nous tombons amoureux de la femme irréelle. La jeune femme éternelle à la beauté incorruptible. La Star.

Il faut dire que le producteur de la trilogie, Tsui Hark, n’est guère fairplay envers les pauvres spectateurs mâles. Il a confié le rôle féminin à la comédienne la plus mignonne de l’histoire du cinéma, tous pays confondus : Joey Wong. Comment ne pas tomber amoureux ? Comment ne pas être envoûté ?…
Ainsi, grâce à la musique ici prépondérante, on peut voir cette trilogie cinématographique comme un grand opéra en trois volets rendant hommage à la grâce infinie de la diva Joey Wong.
Au programme :
– Volet I : Joey Wong romantique (Scénographie violette).
– Volet II : Joey Wong grave (Scénographie bleu-sombre).
– Volet III : Joey Wong espiègle (Scénographie émeraude).
Chorégraphie : Ching Siu-Tung
Partition musicale : James Wong
Bonne soirée, messieurs-dames.
Claude Monnier
