« La Fin d’Oak Street », le nouveau film de David Robert Mitchell

Par Claude Monnier : Dans les années 90, Terry Gilliam se moquait des réalisateurs-photocopieurs qu’il appelait les « réalisateurs-Rank Xerox ». David Robert Mitchell est-il de ceux-là ? La réponse n’est pas simple. Certes, « It Follows » évoquait fortement John Carpenter et « Under The Silver Lake » Brian De Palma, mais Mitchell avait tout de même réussi à imposer un ton particulier, à la fois naïf et dépressif, à l’image de son premier film, « The Myth of the American Sleepover ». Surtout, « It Follows » et « Under the Silver Lake » étaient des films brillants, dérangeants, et l’on pouvait entrevoir en Mitchell un auteur de films sans concessions. C’est pourquoi « La Fin d’Oak Street » nous déçoit. Ici, Mitchell ne parvient pas à transcender son nouveau modèle, en l’occurrence Spielberg (le film est un mélange de « Jurassic Park » et de « La Quatrième Dimension »).

La première demi-heure offre du très bon, voire du grand Mitchell, avec un contraste subtilement mis en scène entre l’apparence (heureuse, en plan large) et la réalité (malheureuse, en gros plan) de cette famille banlieusarde des années 80, au point qu’on aimerait rester un film entier dans cet univers doux-amer, superbement reconstitué. Mais dès que les dinosaures « arrivent », via une faille temporelle, et que s’installe la partie de cache-cache avec les banlieusards affolés, l’action devient assez vite répétitive, et donc un peu lassante. On peut se demander si l’image primordiale qui a fait fantasmer Mitchell et initié le film (un dinosaure apparaissant dans l’arrière-cour d’une maison de banlieue) n’est pas tout simplement une fausse bonne idée, voire une idée gratuite et puérile, loin de la spéculation scientifique fascinante de Michael Crichton.

On voit bien ici la symbolique des sauriens, image de la mauvaise conscience qui nous dévore (thème central de tous les films de Mitchell), mais ici cette image est exagérée, caricaturale. Certes, connaissant l’humour du producteur J.J. Abrams, on devine derrière le film une intention satirique, proche des « Simpson » (la composition de la famille, le voisin ridicule, le gag des dinosaures en plein coït et la fin abrupte, aussi niaise qu’amorale, le laissent penser), mais comme on rit peu devant le film, cette intention satirique ne passe pas.

On nous objectera que le film est techniquement remarquable, notamment dans les scènes d’interaction entre humains et dinosaures, mais Mitchell a mieux à faire que d’arpenter les terres de Gareth Edwards et Colin Trevorrow. Il vaut mieux qu’eux. Il n’est qu’à voir, lors de la première partie du film, sa direction d’acteurs sensible et la stylisation « depalmaïenne » du format scope. Cela ne trompe pas. Dès lors, quel besoin a-t-il d’aller grossir les rangs des « réalisateurs à effets spéciaux » (pour ne pas dire des yes-men) ? Et pourquoi pas un Marvel, tant qu’on y est ?

Claude Monnier 

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