La Liste de Wilder

Par FAL : Un tout petit mot sur The Major and the Minor (Uniformes et jupon court), premier film véritablement réalisé par Billy Wilder (avant de sauter à pieds joints par-dessus l’Atlantique, il avait coréalisé à Paris en 1934 un film intitulé Mauvaise Graine, sur des voleurs de voiture). La réédition en Blu-ray de cette comédie (chez Rimini) a déjà donné lieu à de savants développements sur l’ironie, le travestissement, le scabreux, le subversif chez Wilder, puisque, on le sait bien, tout est déjà en germe chez les génies dès leurs premières œuvres.

Certes, il suffit d’évoquer le point de départ de l’histoire pour comprendre que tous ces thèmes, auxquels on pourra aisément ajouter celui de la pédophilie, sont là, mais il n’est pas exclu qu’un tel catalogue passe à côté de l’essentiel. Or donc, lasse de la corruption de la grande ville, une jeune Américaine (Ginger Rogers) décide de regagner sa province natale, mais, découvrant qu’elle n’a pas assez d’argent pour payer son billet de train, elle se déguise en petite fille pour pouvoir bénéficier du demi-tarif. Sa métamorphose ne convainc pas tout le monde (en tout cas pas vraiment les spectateurs !), mais un major très naïf (Ray Milland) tombe dans le panneau et la prend sous son aile, poussé par une impulsion qu’il croit très paternelle. La suite des événements contribuera à remettre les choses en place (et en ordre « chronologique »). Wilder, grand maître de la corde raide, a donc pu avec ce film se jouer de toutes les interdictions du code Hays. Inutile d’énumérer ici les quiproquos, malentendus, sous-entendus et tutti quanti auxquels un tel scénario peut donner lieu. Rien n’est omis.

Il convient toutefois de signaler un élément du film souvent négligé : l’héroïne se fait passer, à un moment donné, pour sa propre mère. Dans ce qui s’apparente une mise en abyme, Ginger Rogers joue donc, outre son personnage « normal », une enfant de douze ans et une dame d’un certain âge.

Date de ce film : 1942. Date de la mort de la mère de Billy Wilder en camp de concentration (elle n’avait pas, elle, traversé l’Atlantique) : 1943. Est-il besoin d’en dire plus ? Wilder, qui avait tout compris*, a d’une certaine manière – inconsciemment peut-être ? – réalisé avec The Major and the Minor son Retour vers le futur. À travers le rajeunissement de Ginger Rogers, il renvoie sa mère dans le passé pour réorienter le fil de sa vie, et lui permettre de vieillir (version « senior » de Ginger Rogers), autrement dit de ne pas mourir.

Il n’est pas mauvais de savoir que Wilder a collaboré avec Spielberg sur le scénario de La Liste de Schindler.

Frédéric Albert Lévy

* On trouve dans une interview de Wilder ce « bon mot » terrible : « Les optimistes sont morts en camp de concentration ; les pessimistes ont maintenant des piscines à Hollywood. »     

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