Blown Away

Par FAL : Le titre, Blown Away, est à double sens, et c’est peut-être la raison pour laquelle les distributeurs français n’ont pas cherché à le traduire, mais on pourrait le rendre assez fidèlement par Soufflé, qui permet un jeu de mots analogue. On peut en effet dire qu’un bâtiment a été soufflé par une explosion, et l’on peut être soi-même soufflé face à un spectacle extraordinaire. Il est vrai, nous rappelle Philippe Guedj dans un bonus long et riche du Blu-ray édité par L’Atelier d’images, que le second sens, qui était comme une promesse faite au public, ne s’est pas concrétisé. À sa sortie, en 1994, Blown Away a été un échec. Mauvais timing, pour de nombreuses raisons qu’on n’énumérera pas ici. Disons, pour résumer, que cette histoire d’explosions et de terroristes était à maints égards invraisemblable et ressemblait en outre un peu trop à d’autres films sortis à peu près à la même époque.

Mais, en disant cela, on passe peut-être à côté de l’essentiel. Oui, c’est vrai, Blown Away se compose de poursuites automobiles et d’explosions déjà vues cent fois (sans parler du kidnapping par le bad guy de l’enfant du good guy), mais le double sens du titre original nous invite à voir aussi dans ce film d’action une réflexion – si modeste soit-elle – sur la complexité de la réalité, et que vient renforcer de temps à autre un humour de bon aloi : « Dove, James Dove », dit en souriant le démineur interprété par Jeff Bridges lorsqu’il se présente à une jeune femme porteuse malgré elle d’une bombe à retardement. Mais, là encore, nous découvrirons que les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air et que ce clin d’œil à Bond n’est pas seulement un clin d’œil à Bond et doit être entendu de deux façons.

Lloyd Bridges sur le tournage de Blown up. Photo de Jeff Bridges

Or donc, nous suivons pas à pas les exploits de ce démineur, interprété à merveille par Jeff Bridges, dont le physique de gros nounours ne parvient pas à cacher une fragilité intérieure – il plaisante quand il est en train de désamorcer une bombe, mais s’éloigne pour vomir dans un coin après chacun de ses exploits tant son métier est éprouvant. Chose étrange, les attentats à la bombe se font de plus en plus nombreux dans la ville (Boston), avec des « mises en scène » particulièrement sadiques, puisque les explosifs sont le plus souvent des pièges placés sur des victimes qui ne pourraient s’en défaire qu’en se faisant exploser elles-mêmes. Dove devine assez vite, en découvrant les dispositifs employés, l’identité du terroriste (interprété par Tommy Lee Jones); c’est, comme lui, un ancien membre de l’IRA qui a traversé l’Atlantique, et ils ont « œuvré » ensemble pendant un certain temps comme poseurs de bombes en Irlande du Nord. Mais Dove a crié basta (en gaélique, sans doute) le jour où on a voulu l’entraîner dans un attentat qui aurait causé la mort de civils. L’autre ne lui a jamais pardonné ce refus d’obtempérer,  qui a eu entre autres conséquences la mort de sa sœur. Il décide donc de le punir par où il n’a pas péché, autrement dit en semant dans la ville des bombes suffisamment nombreuses pour que, tôt ou tard, l’une d’elles lui explose à la figure.

Vieux thème, donc, des frères ennemis. L’un des premiers, historiquement, de la tragédie classique : deux protagonistes mus au départ par le même idéal, mais qui ne s’entendent pas sur les moyens (v. par exemple le dialogue impossible entre Horace et Curiace dans Horace de Corneille). Et donc, sous ses allures de blockbuster standard, Blown Away raconte une histoire qui pose très rapidement la question du choix et de la liberté.

Oserons-nous dire, au risque de passer aux yeux de certains pour un dangereux blasphémateur, que ce film de Stephen Hopkins nous semble plus distrayant, mais aussi paradoxalement plus sincère que le Démineurs de Kathryn Bigelow ? Celle-ci, qui prétend présenter une vision documentaire des démineurs de l’armée américaine en Irak (certaines scènes avaient même été tournées en 16 mm pour faire plus vrai), nous offre en définitive un grand jeu vidéo dans lequel le héros – encore un James… – doit chaque fois sortir vainqueur d’une phase plus difficile que la phase précédente. Signalons au passage – ce qu’on se garde bien de dire – que, si Blown Away a été un échec commercial, avec trente millions de dollars au box-office américain, Démineurs, malgré ses six Oscars et ses multiples récompenses ici et là, n’en a récolté qu’une dizaine de plus.

Frédéric Albert Lévy 

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